Il faut laisser du temps au temps


Il y a quelques années j’allais particulièrement mal, pourtant je faisais déjà tant de choses pour améliorer mon état. Le hic c’est que rien n’y faisait rien, mais alors rien de rien. Nada !

J’avais cette impression, qui en fait était une réalité, que j’étais sur une pente très raide et très glissante. Et que inexorablement j’étais tout simplement en train de la débouler vers le bas sûrement et rapidement. Pourtant je faisais tout bien, ou en tout cas je pensais que je faisais tout bien. J’avais changé d’alimentation, pris du recul, mis un mot sur mes maux. Je m’étais créé une bulle intérieure et extérieure pour aller mieux et me protéger. Une bulle avec beaucoup de calme, de sérénité, de self motivation et de positif thinking. Le B.A ba des grands penseurs modernes qui vous disent que tout dépend de vous pour forger votre futur. La pensée bull shit qu’on nous sert pour nous asservir et nous faire culpabiliser un peu plus.


Entre temps, j’avais perdu à peu très tout ce qui me semblait cher. D’abord le travail, le poids aussi avec quelques 20 kilos en moins en l’espace de 2/3 mois, beaucoup de gens que je pensais proches et surtout mes illusions sur la vie. En tout cas sur la vie telle qu’on nous la vend avec l’amère superficialité qui va avec. Bref, d’un monde en apparence bien rempli je suis passé à un monde vide, une sorte de chimère. Cette pente je continuais à la descendre pendant des mois et il s’est avéré que ces mois se soient transformés en quelques années. Le tout l’espace d’un clignement des yeux, ainsi va la vie.


Pendant ce temps, je continuais têtu comme un âne à chercher des choses à ajouter à toutes mes routines quotidiennes. Il fallait que ça paye à force. Une fois c’était une nouvelle plante, une autre fois un exercice de yoga, d’autres c’étaient des séries humoristiques pour entretenir le mental. J’avais aussi essayé Walking dead mais avec mon hypersensibilité naissante ce n’était pas une bonne idée. Je cauchemarde encore de zombie aujourd’hui des années après…. Même si je crois avec le recul que ces cauchemars étaient des sortes de métaphores de ce qu’il se passait en moi et dans mon corps. Une sorte de lutte entre la maladie, les bactéries, mon système immunitaire et mon moi au plus profond.


Et vous savez quoi ? J’ai continué à débouler la pente à toute allure toujours plus bas et toujours plus vite. Toujours plus de galères, d’instabilités, de symptômes supplémentaires venant s’ajouter à une liste déjà conséquente. C’était l’histoire sans fin croisée avec la Journée de la marmotte. Les jours se suivaient, se répétaient et m’apportaient mon lot quotidien de misère dans une boucle infernale. A se demander si j’existais encore, si la réalité était un concept véridique ou s’il s’agissait d’une simulation grandeur nature qu’on nous projette devant les yeux.


Tout ça jusqu’à ce jour où je me suis retrouvé à l’hôpital pour une opération. J’y suis resté quelques jours et ressorti dans un piteux état. Toujours plus maigre, et encore un peu plus dans les vapes. Mais vous savez quoi ? Il s’est passé quelque chose d’anodin mais qui m’a marqué au fer rouge. Non pas que l’opération aie changé mon quotidien, non pas du tout. Mes symptômes étaient toujours là. Je dirais que c’était une rencontre.


Une infirmière a pris du temps pour moi, et c’est comme si elle me comprenait alors qu’on ne se parlait pas vraiment. Voyant mon état lamentable, elle m’a dit «il faut laisser du temps au temps». Peut-être parlait-elle uniquement de ma rémission après l’opération. Mais ce n’est pas tout à fait l’impression que j’ai eu. C’est comme si elle parlait d’autre chose. Cela peut faire sourire sur le coup et cela en fera sans doute sourire plus d’un. Mais j’y ai vu un message venu d’ailleurs, ne me demandez pas d’où. Cela n’a pas forcément d’importance. Ce qui compte c’est que ce moment et ce passage a été un élément charnière dans ma quête. Et c’est là que je voulais vous emmener.


Vous faites probablement tout ce qu’il faut pour aller mieux. Vous faites sans doute des efforts que peu de gens peuvent faire. Vous supporter des symptômes que peu pourraient supporter et ce en boucle au quotidien. Parfois vous perdez la notion de ce qui est et de ce qui n’est pas. La notion du temps devient anodine. Parfois vous perdez espoir et vous vous demandez si cela cessera un jour. De mon expérience je vous dirais qu’il y a toujours plus bas que bas malheureusement. Par contre, ce qui compte c’est qu’il y aura, et je le pense sincèrement, un moment charnière. Votre moment charnière ou les choses commenceront à s’arranger. C’est souvent avant l’aube que la nuit est la plus sombre.
Je n’aime pas trop parler de mon parcours, mais je voulais vous partager ce fait de vie pour vous redonner de l’espoir. Je crois sincèrement qu’il y en a pour tout un chacun qui lira ces mots. Ne perdrez pas confiance, continuez à vous battre, tôt ou tard ça finira par porter ses fruits. Ce ne sera pas facile mais ce sera possible.

A mon tour, je passe le mot : il faut laisser du temps au temps 😉


Portez vous bien,Greg

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